Moorea

Moorea : Mon cœur est meurtri…

Mon cœur est meurtri aujourd’hui, parce des bruits de pontons rapportent que l’île de Moorea est actuellement survolée par un oiseau de mauvaise augure. Oui mes amis, il plane dans notre ciel un mauvais présage qui met en péril le respect de notre liberté à tous.

Alors une petite lumière au fond de moi me dit qu’il faut réagir et lancer un cri d’alarme afin d’éviter une énorme erreur. Mes seules armes : mon amour démesuré pour l’océan sur lequel je vis depuis quinze ans, et ma plume, que j’espère manier avec assez de sincérité pour vous expliquer qui sont ces gens qui vont sur la mer et qu’on accuse aujourd’hui de polluer ou de détruire les lagons, et auxquels on veut interdire les mouillages autour de l’île de Moorea.

Que nous soyons terriens, marins, aériens, ou entre les deux, nous sommes tous concernés.

Dessin de Nilo Gima : Moorea plaisanciers pollueurs vraiment ?

Tout le monde le sait, notre planète n’est pas simplement malade, elle est à l’agonie. Le réchauffement climatique, la pollution atmosphérique, la destruction de la couche d’ozone, la déforestation, la pêche intensive et le non respect de l’océan avec ses conséquences désastreuses. La dernière en date : la découverte d’un continent de résidus plastiques au milieu des océans ! La vérité, c’est que nous sommes tous directement responsables. Combien d’assiettes, de couverts en plastique, de bouteilles et autres déchets finissent dans nos lagons, évacués par le courant dans les passes ? Évidemment on s’en fout, puisque ça part au large. Combien d’entre nous se baignent-il après avoir mis de la crème solaire faisant fi des effet désastreux pour nos coraux ? Combien de voitures mal réglées polluent chaque jour le ciel de notre Polynésie sans qu’on s’en préoccupe vraiment puisque le vent des Alizés se charge d’emmener les gaz ailleurs. Combien de maisons en bord de mer n’ont pas encore de fosses septiques et déversent leur merde dans nos eaux turquoises dans la plus grande insouciance parce que de toutes les manières, il y a le courant. Combien d’hôtels évacuent leurs égouts par des pipe-lines au large, combien de gros bateaux de croisières viennent s’ancrer dans nos baies avec la pollution qu’ils engendrent ! Et aujourd’hui on veut nous laisser croire qu’il faut interdire au voiliers le mouillage de nos lagons parce qu’il polluent ? Comment peut-on interdire par exemple au voiliers le mouillage de Maharepa et autoriser en même temps les gros bateaux de croisières à jeter leur ancre en baie de Cook quand on sait qu’un seul des ces bateaux peut émettre en une journée autant de particules fines qu’un million de voitures !
Les élus à l’origine de cette initiative ne se trompent-ils pas de cible en faisant des voiliers leur bouc émissaire ?

Parce que moi je les connais bien les gens de la mer, je les connais bien parce que j’en fais moi-même partie. Les voiliers constituent l’un des modes de locomotion les plus propres et écologiques parce qu’un voilier par définition, ça se déplace avec le vent et n’utilise son moteur que pour faire sa dernière manœuvre au mouillage. Il produit son énergie grâce au soleil et non pas à l’aide d’une centrale électrique thermique, parce que nous sommes pour la plus part équipés de panneaux solaires. Notre eau douce, nous la produisons à partir de la mer grâce au dessanilisateur ou récupérons l’eau de pluie. Contrairement à ce que l’on peut dire, nous sommes les premiers à préserver les coraux parce que nous choisissons toujours des fonds de sable pour jeter notre ancre, parce qu’ils offrent la meilleure tenue et que nous y sommes en sécurité. De même, nous sommes les premiers à aimer l’océan et à choyer son jardin de corail, parce que nous sommes conscients de la chance extraordinaire que nous avons de pouvoir encore nager au dessus avec nos enfants. À ce sujet. je ne connais pas une annexe de voilier qui ne s’arrête pas pour récupérer une bouteille plastique qui flotte sur son passage, et croyez-moi, il y en a ! «Oui mais les plaisanciers ils ne paient pas de taxes et profitent de nos poubelles pour déposer leurs déchets, ce sont des profiteurs qui vivent tout nu sur leur bateaux ! » Combien de fois ai-je lu ce genre d’argument sur les réseaux sociaux ? Erreur, ceux qui comme moi sont arrivés par la mer et se sont installés en Polynésie ont tous payé un impôt conséquent pour Papeetiser leur bateau. Il en est de même pour ceux qui achètent un bateau sur place, ils doivent s’acquitter d’une taxe foncière (5% de la valeur du bateau). Pour les autres, ceux de passage, je suis d’accord, et des solutions ont été présentées par l’association des plaisanciers en Polynésie, comme la perception d’un droit de navigation accompagné d’un petit fascicule rappelant les règles de bonnes conduites. En réponse à tous ces efforts, toutes ces propositions, les élus de Moorea ont tout simplement proposé d’interdire le mouillage aux plaisanciers sans même préciser la raison d’une telle décision.

Alors plutôt que d’interdire, ne vaudrait-il pas mieux faire l’effort de mieux nous connaître ? Plutôt que de repousser les plaisanciers, ne vaudrait-il pas mieux s’en inspirer et profiter de leur expérience, de leur connaissance unique de la mer afin trouver ensemble des solutions ?

Platon disait: « Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts, et ceux qui vont sur la mer. »

Ne tuons pas cette dernière catégorie, sans laquelle je vous le rappelle, la Polynésie française n’aurait jamais été découverte… la Polynésie, terre d’accueil…

Pierre Cosso
Pierre Cosso

Pierre Cosso,
Acteur, navigateur, libre penseur

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